(1895-1966)
Joseph Francis Keaton, dit Buster, na'eet à Piqua, dans le Kansas, le 4 octobre 1895. Ses parents, Joseph et Myra, étaient acteurs et jouaient dans des tournées de spectacles ambulants ("Medecine Shows"). Le jeune Francis participe au numéro de ses parents ("Les Trois Keaton") dès 1898. Selon la légende, c'est Harry Houdini, le célèbre prestidigitateur, qui donne son surnom à l'enfant en le voyant se relever prestement après une chute spectaculaire, s'esclaffant : "My, what a Buster!" (à la fois "Quel casse-cou !" et "Quel gros malin !"). En 1899, les Keaton quittent les tournées itinérantes pour le "vaudeville" (spectacle de music-hall mêlant divers genres). Très vite, c'est un succès très particulier qui marque à la fois le trio et le jeune Buster : "Notre numéro gagna la réputation d'être le plus violent du music-hall. ['85] Pop [Joseph] commença par me porter en scène et me laisser tomber sur le plancher. Ensuite, il se mit à essuyer le sol avec moi comme balai. Comme je ne manifestais aucun signe de mécontentement, il prit l'habitude de me lancer d'un bout à l'autre de la scène, puis au fond des coulisses, pour finir par me balancer dans la fosse d'orchestre, où j'atterrissais dans la grosse caisse." (Keaton). à la suite d'interventions de ligues de protection de l'enfance, le numéro fut plusieurs fois interdit (entre autres en 1907). En 1915, les Keaton ne trouvent plus que des engagements secondaires à New York, l'alcoolisme de Joe Keaton aidant. En 1917, le trio se sépare.
Même si le prestige personnel de Buster au vaudeville, n'est pas entamé, il choisit le cinéma en la personne de Roscoe Arbuckle, jusque-là principale vedette, après Chaplin, chez Mack Sennett sous le nom de Fatty, qui cherche un partenaire. Il entre à la Comique Film Corp. que vient de fonder Joseph M. Schenck. En à peine plus d'un an et onze films, Keaton apprend tout du cinéma et de sa technique auprès du comique et réalisateur complet qu'était Arbuckle. Le succès de Keaton (auprès de Fatty) est tel que son salaire passe de 40 à 500 dollars par semaine entre avril 1917 et fin 1918 et qu'il décline alors des propositions de Jack Warner et William Fox à 1000 dollars. Dès leur premier film, The Butcher Boy, le couple Buster-Fatty met en place une complémentarité efficace qui ne repose pas sur la seule opposition entre gros et maigre, mais sur l'exubérance et l'économie de mouvements, la lourdeur du corps et les prouesses athlétiques, le sale et le propre, la réaction irréfléchie et la réflexion implicite. Après sept mois sur le front français (sans jamais se battre), Buster poursuit sa collaboration avec Arbuckle jusqu'au début de 1920 (soit une quinzaine de films), le titre français de leur dernier film commun, Fatty et Malec garagistes d'occasion (The Garage), indiquant la nette ascension de Keaton à l'affiche. Outre Buster et les personnages de ses longs métrages auxquels il a donné un nom précis (Luke dans Le Cameraman), Keaton a reçu un grand nombre d'appellations en France comme en Europe, selon les distributeurs. Les plus répandues furent "Malec", "Frigo", "Buster", "Elmer", "Fregoli" (en Italie), "Pamplinas" (en Espagne)...
Arbuckle, passe en 1920 sous contrat avec Adolph Zukor, Joseph Schenck crée le Studio Keaton dans d'anciens studios de Chaplin à Hollywood, pour y produire les films de Keaton seul. Film de prestige inspiré d'un succès de Broadway, The Saphead (Ce crétin de Malec), inspiré d'un succès de Broadway, crée le personnage de riche oisif amoureux et timide, qu'on retrouvera dans des films de la maturité, comme le Rollo de La Croisière du Navigator. Ce film lance Keaton dans le public américain et au-delà. Son succès va grandissant, en faisant un des principaux rivaux de Chaplin. D"ord produits par Schenck seul puis, à partir de 1921, en association avec Keaton lui-même, ce sont près de vingt films de deux bobines qui constituent une des périodes les plus productives et les plus libres de Keaton, avec une série de chefs-d'oeuvre...
En 1923, comme les autres comiques, Keaton et Joseph Schenck changent de politique : les courts métrages coûtent trop cher pour ce qu'ils rapportent. Produits par MGM (qui succède à Metro Pictures en 1924) puis United Artists Corp., les dix longs métrages réalisés de 1923 à 1928, entre Les Trois âges et Steamboat Bill Jr , dont La Croisière du Navigator, constituent le sommet de l'oeuvre de Keaton et de sa notoriété. Ses longs métrages rapportaient à peu près autant que ceux d'Harold Lloyd (jusqu'à 2 millions de dollars), mais moins que ceux de Chaplin ("jusqu'à 3 millions de dollars"). "Entre le début et le milieu des années vingt, le salaire de Keaton passa de 1 000 à 2 000 dollars par semaine, plus 25% sur les bénéfices" (M. Denis). En revanche, son film le plus coûteux et le plus ambitieux qui visait à amener le long métrage comique à égalité avec le film dramatique, Le Mécano de la "General" , en 1926, est un douloureux échec commercial.
En 1928, Buster Keaton commet ce qu'il appellera "la plus grande erreur de sa vie". Sur les conseils et la pression de Joseph Schenck, malgré les avertissements de Chaplin ou Lloyd et alors que Chaplin ne fait, de son côté, qu'étendre son pouvoir personnel sur ses films, Keaton renonce à ses propres "Studios" pour passer sous contrat avec la MGM. Plus question de travailler selon les méthodes héritées de Sennett ou d'Arbuckle, dans l'improvisation. Keaton ne retrouve son équipe que pour The Cameraman. Cette commande de la MGM pour soutenir son département d'actualités et reportages sera le plus grand succès public et financier de la carrière muette de Keaton !
Vient pourtant ensuite le règne du studio, des commandes, des films subis, d'une mise en scène contrainte et impersonnelle. Les premiers films (comme Free and Easy) conservent quelques caractères keatoniens qui parsèmeront encore de rares productions, mais on passe du burlesque à la comédie et le parlant n'arrange rien. En 1932-33, on lui adjoint même une vedette du music-hall, Jimmy Durante.
à partir de cette époque, il accepte toutes sortes de travaux où il n'est plus que l'ombre de lui-même. Dépressions, cures de désintoxication, divorce, exils se succèdent. En 1937, il revient à la MGM pour 100 dollars par semaine, entre autres comme conseiller du comique Red Skelton. Entre 1947 et 1953, on le retrouve en Europe sur la piste du cirque Médrano. En 1957, il est conseiller de sa propre autobiographie (The Buster Keaton Story), interprétée par Donald O'Connor.
Presque totalement oublié, écrasé par la gloire de Chaplin, qui lui confie pourtant un rôle à ses côtés dans Limelight en 1952, Keaton reçoit un Oscar spécial en 1959 et retrouve la grâce des critiques et des historiens à la suite de divers hommages et rétrospectives, à la Cinémathèque française (1962), au Festival de Venise (1968), au National Film Theatre (1968)... Il meurt en 1966. J. M.
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